samedi 30 avril 2011

Les Chroniques de Mandor Francois ALQUIER




Le livre de François Alquier, je l'ai lu tout d'abord par curiosité. Pas celle qualifiée de vilain défaut mais plutôt avec le désir profond de savoir qui se cachait derrière ce personnage un brin fantasque.

Pour être franche, je m'attendais plutôt à une compilation des meilleurs moments d'un journaliste avec les People (je déteste le mot stars trop souvent galvaudé). D'ailleurs la seule star que j'aperçois dans ce livre, c'est sa fille et pour cause, elle porte un prénom prédestiné : Stella.

J'ai pioché au hasard qui est souvent le pseudonyme de Dieu quand il ne veut pas signer ( ce n'est pas de moi, mais de Théophile avec deux H Gautier sans H)...Une double lecture s'est alors imposée.

Certes, si on rigole (façon potache) des mésaventures gastriques de Mandor face à Axelle Red, de l'interwiew, à la Feydeau, d'Isild le Besco, on ne peut rester insensible sur la véritable raison de l'écriture de ce livre.
L'éditrice Laura Mare invite Mandor à consigner ses souvenirs pour qu'il puisse expliquer un jour à sa fille pourquoi son père était si souvent absent. Certes cette vision de l'écrit est acceptable et si Mandor avait eu tout simplement besoin d'enlever son masque pour mieux respirer et changer de peau ?!

 Ce n'est plus Mandor que je souhaite convier au micro du "Lire et le Dire" mais François Alquier.

L'exercice du portrait radiophonique s'est alors imposé. Je vous le livre tel quel. Vous pouvez l'écouter aussi.
Je suis sur le fil et j'espère que l'invité sera satisfait de s'être ainsi fait croquer.

Merci François pour cette belle rencontre, ta gentillesse et ta simplicité.  Attention ! Ne bougez plus : la photo est dans la boîte !




« Que retient-il de sa vie, qu'il pourrait revoir en peinture
dans un joli cadre verni en évidence sur un mur. »*

Le support qu’il s’est choisi, c’est l’écriture sans fioritures
En fond sonore, jouez hautbois, raisonnez musettes, mais
Pour le jeune homme des années 80, c’est Balavoine et Goldman qui sont de la fête

Goldman c’est l’HOMME en OR qui devient MANDOR ;) Celui qui tombe à pic quand la musique est bonne et qu’elle guide ses pas.

C’est à l’encre sympathique, que le chroniqueur, nous révèle, l’envers du décor : celui du show business, du microcosme littéraire sans fioritures et sans paillettes…

Attachantes, troublantes et même parfois désopilantes ces chroniques sont de véritables moments d’anthologie. Mandor se met en scène, s’il se moque de quelqu’un ce n’est jamais des artistes, juste de lui-même.


Mandor, le Buster Keaton du XXI siècle ? En équilibre sur le fil de sa vie, François, jette parfois un regard triste dans le rétroviseur. Le poids des souvenirs pèse lourd dans la besace. Les fantômes du passé accompagnent François. Ce petit garçon qui cherche souvent la main de sa maman partie rejoindre Daniel et Michel dans ce Paradis Blanc.

Mandor cherche à guérir des blessures de son enfance. De celles qui ne se cicatriseront jamais. Il est des jours qui ressemblent à des nuits. Le cœur en bandoulière, il sème des cailloux pour ne pas se perdre un chemin. Quelques repères pour continuer à tracer sa route malgré les doutes. Des cris, des Sos pour des pères de substitution quand le vrai, se promène sur la ligne de sa vie, en point de suspension.

Celui qui vient à disparaître**
Pourquoi l’a-t-on quitté des yeux
On fait un signe à la fenêtre
Sans savoir que c’est un adieu
Chacun de nous a son histoire
Et dans notre cœur à l’affût
Le va-et-vient de la mémoire
Ouvre et déchire ce qu’il fût
François Mandor, un mariage en technicolor avec Hilda

Celui qui fait le clown pour faire rire sa fille aux éclats ;

Qui se mobilise pour les p’tits courageux sans ménager ses efforts,

François ouvre quelques parenthèses sur sa vie privée mais les referme très vite. En apesanteur avec sa pudeur, ce type m’émeut. Il n’est dupe de rien.

Etre là de passage***
Sans avoir rendez-vous
Avoir tous les courages
De me donner à vous
Et vous laisser venir
Comme un amant magique
Et vous ensevelir
Sous mon cri de musique

Juste laisser quelques clés pour comprendre le « pourquoi du comment » de ce livre, véritable malle aux trésors révélateur de l’envers du décor.

J’espère François que ce portrait trouvera grâce à ton regard car comme dit Charles Aznavour cité dans le livre : « Une bonne photo c’est comme un cachet d’aspirine »

Je rajouterai que ces 400 pages sont un véritable concentré de vitamine C…

Et comme en France, tout finit par des chansons, je voudrai à nouveau paraphraser le texte de Kent * :

IL a rêvé comme tout le monde
Qu'IL tutoierait quelques vedettes
Mais ses rêves en LUI se fondent
Maintenant son espoir serait d'être
Juste quelqu'un de bien
Quelqu'un de bien
Le cœur à portée de main
Juste quelqu'un de bien
Sans grand destin
UN AMI à qui l'on tient
Juste quelqu'un de bien
Quelqu'un de bien



©Maryline MARTIN Avril 2011



BANDE SON DE CE BILLET :

*Juste quelqu’un de bien (Kent)
**Nul ne guérit de son enfance (Jean Ferrat)
***Entrer dans la lumière (Barbelivien/Bernheim)



Merci à Jean-Claude Caillette et à Eric Dubois mes fidèles comparses de l'Emission "Le Lire et Le Dire".

A écouter dès mardi 3 mai sur RFPP 106.3 à 9h30.

dimanche 24 avril 2011

Le Chemin de Poussière Philippe LEMAIRE



Sarah Hamani n'oubliera jamais ni le cri des mouettes ni le son déchirant de la sirène du bateau qui les emmène elle et sa famille loin d'Alger. 1962 pour les pieds-noirs chassés de "leur terre", c'est l'année de la déchirure. Quelle existence peut-on bien mener dans une région nouvelle, lorsque les repères s'effacent et que les illusions se perdent ? Les Hamani s'établissent dans le Sud de la France : une nouvelle vie s'organise alors autour de la plantation de misère dont Simon, le chef de famille, devient le métayer. L'installation dans cette "vie étrangère" se fait sous le jour d'une indifférence hostile : la maîtresse de maison, Jeanne, se sent rejetée ; quant au vieux père Jacob, il n'admet pas qu'on puisse abandonner ses morts... Pourront-ils reconstruire sur cette nouvelle terre de vigne ?


*****

Une jeune femme, Sarah Hamani, revient dans le village de Malagas où elle s’est établie quelques années plus tôt avec sa famille. Expatriée d’Algérie, elle avait trouvé refuge avec ses parents et son grand-père Jacob sur cette terre vinicole. Si les plus jeunes font contre mauvaise fortune bon cœur et tentent de réapprendre à vivre, l’exil est insupportable pour le vieil homme. En quittant Ikedjane, il ne laisse pas seulement sa boutique de musique située rue de la Lyre il abandonne également « ses morts ».

« Mais je ne pourrai plus jamais aller sur la tombe de Suzanne. Ne plus pouvoir parler à ta grand-mère, je crois que je ne saurai jamais le supporter… »

C’est peut-être ce qu’il y a de plus dur dans l’exil, l’absence des voix. (…). C’est d’abord cela l’exil, le silence des jours qui s’écoulent. Et à mon âge, je n’aurai pas le temps d’apprendre à d’autres à me supporter."

Arrivés en France, la famille a pris conscience de sa différence. Ils parlaient fort et leur accent faisait chanter les consonnes et sonner les muettes. Ils n’étaient que des émigrés dont on se méfiait. Il y aurait désormais deux pays, celui qu’ils avaient laissé embelli par la lumière des regrets et l’autre, le réel avec ses jalousies et ses mesquineries. Celui qu’il faudrait apprivoiser pour y reconstruire sa vie.

Une vie dont on ne pouvait sectionner les racines aussi facilement. Jeanne, la mère de Sarah, ne pouvait s’y employer.

« La cuisine était devenu une sorte de lieu clos où elle retrouvait pêle-mêle les odeurs et des gestes de son propre passé (…). L’odeur avait rempli la pièce de bonheur et épicé leur mémoire à tous »

Malheureusement, la peur de l’autre, la haine et la bêtise humaine aura raison de la volonté des Hamani à se faire une respectabilité dans le pays. Simon est métayer sur une terre de misère où le produit de la vigne file à la coopérative et où chacun trouve son compte. On voit d’un œil mauvais qu’il veuille s’affranchir en achetant un coin de terre dont ne personne ne veut pour y faire son vin.

Un bras de fer va alors commencer. L’actualité de là-bas, leur colle à la peau comme un vêtement mangé par la sueur.

« On leur tend la main et ils vous bouffent le bras. (…) On les accueille et ils n’ont même pas la reconnaissance du ventre. Ils auraient mieux fait de rester là-bas dans leurs gourbis…

« A chaque nouvelle bombe qui explosait dans les rues d’Alger ou d’Oran, on les regardait comme si c’était eux les coupables »

La famille Hamani ne résistera pas. Jeanne la femme de Simon a décidé de s’enfuir et de rompre avec le poids des traditions. On l’avait chassé de son pays mais paradoxalement, elle s’est affranchie d’un mariage de convenance entre deux familles selon les traditions. Sarah, sur les traces de sa mère, a suivi son amoureux avec lequel elle aura un enfant. Jacob et Simon restent face à face avec leur solitude et le poids des regrets aussi.

« Sûr qu’il aurait mieux fait de rester chez lui si c’était pour finir comme ça. En fin de compte, il était trop différent de nous, la greffe ne pouvait pas prendre. »

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Un très beau livre sur la diaspora Algérienne qui vous prend aux tripes. Philippe Lemaire emmène le lecteur sur les pentes arides de deux pays en colère. Le leitmotiv " La valise ou le cercueil " résonne en écho des deux côtés de la Méditérranée. Personne ne saura jamais combien la guerre aura brisé de famille mais la volonté farouche de renaître tel le phénix de ses cendres sera la plus forte...


Editeur : Editions De Borée
Parution le : 11 Février 2011
ISBN : 978-2-8129-0299-4
EAN13 : 9782812902994

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