mercredi 26 octobre 2011

L'Adieu à la Rivière de Nathalie de Broc


A la croisée des destins de trois générations de femmes plongées dans l'intimité de leur histoire personnelle...

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Troisième et dernier tome de la saga consacrée au domaine de Kerbrenou et à la vie de cette famille bretonne les "De Vrigny" dans une Bretagne convalescente. L'action se passe après guerre, malgré la paix retrouvée, la guerre a laissé des cicatrices difficiles à se refermer tant les traumatismes ont été profonds :

Le domaine a été réquistionné par la Kommandatur, le jardinier exécuté par les allemands, Nine la belle-fille adorée, tuée pour s'être interposée au milicien venu arrêter son mari Edouard. Morte par amour...et puis il y a les morts-vivants, ceux qui sont revenus de l'indicible, qui ont connu l'enfer des camps appelé pudiquement "la-bas". Juliette est de ceux là, raflée puis déportée. Elle est revenue, ni tout à fait la même, ni tout à fait une autre...
Une petite fille Valentine est née de père inconnu. Un enfant que sa mère oublie, "mais avec régularité comme un vêtement sur le bras d'un fauteuil "(page 60).

Malgré tout, la famille conduite par, la Dame de Kerbrenou, Herminie de Vrigny, tente de panser ses plaies et de se projeter dans l'avenir .

La matriarche se réjouit que l'un de ses petits fils soit viscérallement attaché à la terre familiale. Ainsi le domaine, vieux grémant battu par les multiples tempêtes va retrouver sa superbe d'antan. Adrien a retrouvé les plans d'un célèbre paysagiste dans le grenier et il est prêt à interrompre ses études pour mener à bien son projet...

Porcelaine, sa soeur va se marier et elle souhaite le faire à Kerbrenou !

Tout ce petit monde semble vouloir tourner la page et enfin vivre. Et si Herminie souhaite couler une vieillesse heureuse au bord des rives de l'Odet, le destin va lui rappeler qu'elle est encore une femme désirable.

Son vieux coeur telle une pendule dont on aurait retrouvé la clé, va reprendre du service !

Non seulement, elle découvre les joies de la maternité en élevant sa petite-fille, Valentine, mais l'amour va se rappeler à elle en la présence d'un séduisant peintre italien : Lorenzo.

Cela pourrait ressembler à un tableau idylique, cependant Kerbrenou n'a pas fini de livrer tous ses secrets. Entre ombre et lumière, le domaine va renouer avec les heures les plus sombres de son histoire...

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J'ai beaucoup aimé ce livre. Je n'avais pas lu les deux premiers tomes, mais l'auteure revient sur le passé et le lecteur comprend aisément la genèse du roman. Les amateurs de saga familiale y trouveront tous les ingrédients d'un ouvrage réussi : l'attachement à une terre, l'amour, la passion même, mais aussi les drames, qui auront émaillé toute la vie d'Herminie...

Le style est sobre, rythmé sans fioriture.  Les personnages sont bien décrits, ils prennent facilement vie dans l'imaginaire du lecteur. La petite histoire s'inscrit dans la grande avec un H majuscule, l'un est le prétexte de l'autre...
Trois personnages de femmes, trois générations ont retenu mon attention : Herminie, femme libérée, qui a tout quitté et tant donné par amour faisant fi des conventions, Juliette sa petite fille, pour laquelle la vie n'est qu'une horrible souffrance, et la petite Valentine, fille et arrière petite fille né de père inconnu, rejetée par une mère qui ne peut la souffrir.

Ce livre est un témoignage sur le temps et ses blessures assassines, sur des choix de vie mais aussi un véritable hymne à la Bretagne dont Nathalie de Broc est originaire.
Un livre d'une grande sensibilité qui appelle une suite ...Herminie n'a pas encore dit adieu à la rivière !

Roman

Collection : Terres de France
aux éditions : Presses de la Cité
Parution : le 15 septembre 2011


Et prochainement sur les ondes de Radio Fréquences Paris Plurielles vous retrouverez ici l'interview de Nathalie de Broc.


A découvrir aussi un très beau livre sur les relations mère-fille : la tête en arrière (Edition Diabase) en écho à la préface du roman  « Il n’est jamais trop tard pour s’inventer une enfance heureuse » (Christiane Singer).



L'Emission "Le Lire et le Dire" recevait le jeudi 3 novembre 2011, Nathalie de Broc

lundi 17 octobre 2011

Les Mystères de Camille de Karine LEBERT







Des Mystères et un livret de recettes…


[Le mot « Mystères » au pluriel signifie ce qui est caché, secret mais est aussi le nom d’un dessert glacé]
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Ce roman paru aux Editions de Boree  retrace la destinée entre 1930 et 1950 d’une jeune normande souhaitant faire de la pâtisserie son métier. L’action se situe dans la première partie au Marais Vernier puis à Rouen avant guerre et dans la tourmente de l’occupation.


Abandonnée sur les bords de Seine alors qu'elle n'avait que deux mois, Camille est recueillie chez Francine et Julien, un modeste couple de fermiers. Elle possède un véritable don pour faire la cuisine et rêve en secret de devenir pâtissière. Une rencontre va être déterminante et cheminera en elle l'espoir de s'arracher à une vie monocorde auprès d'un mari qu'elle n'aurait pas choisi.

[Qui êtes-vous ? - Je suis le fils de celui qui vous a offert cette boîte de macarons, il y a huit ans. Sous le coup de la surprise, elle en oublia sa timidité et leur inégalité encore plus évidente de milieu. - Comme c'est étrange ! Et vous aimez mes gâteaux ? - Je n'en ai jamais mangé d'aussi prometteurs venant d'une débutante. Camille en rougit de plaisir. Elle le considéra avec un espoir insensé. - J'ai toujours rêvé de devenir pâtissière, de quitter les marais, de connaître la ville... Encouragée par l'approbation qu'elle lisait dans ses yeux, elle poursuivit : - Je me sens comme prisonnière ici, vous comprenez ?]

Camille, la majorité acquise, parvient à se faire embaucher comme serveuse dans le salon de thé le plus réputé de Rouen afin d'y exercer un métier pour elle plein de promesses, d'autant plus que son employeur, Martial Osmont, ne la laisse pas indifférente.

Cependant la guerre éclate bouleversant une fois de plus la destinée de notre héroïne. Son mari meurt, Martial entre dans la Résistance et c'est à ce moment précis que le mystère de ses origines  lui  est révélé.

La vie de Camille est à l’image de ce qu’elle peut entrevoir des horreurs de la guerre (arrestation, suspicion, délation).

Soumise à de nombreuses interrogations sur son futur, elle survit dans d’une ville à feu et à sang.

Camille est une femme de caractère, déterminée à poursuivre son rêve malgré ses doutes et une famille adoptive un brin frustre. Elle saura dénouer le mystère de sa naissance

Jeune oie blanche débarquée dans une ville où tout lui semble hostile, elle va rapidement comprendre les codes de la petite bourgeoisie jusqu’à s’immiscer dans son cercle une fois la guerre terminée.


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Les Mystères de Camille est le troisième roman de Karine Lebert. La romancière a entrepris un important travail d'historienne. La vie des habitants de Rouen pendant la seconde guerre mondiale est bien relatée. Le style est enlevé, l'écriture soignée et le rythme soutenu. L'Occupation avec ses zones d'ombres bien retranscrite. On retrouve encore une fois, après Nina et Emma, un personnage féminin au caractère bien trempé, déterminée à réussir et à faire que ses rêves deviennent réalité sans pour autant renier le mystère originel.

Le livre de Karine Lebert est un clin d’œil aux recettes de son arrière-grand-mère et l’idée d’un roman a suivi son chemin !
Un roman somme toute destiné à ceux qui aiment les histoires qui font corps avec l’Histoire mais aussi aux amateurs de cuisine...

à écouter ici  le Lire et Le Dire 106.3 du 18 novembre 2011-Chronique se trouvant au coeur de l'émission -

Ce livre a reçu LE PRIX DU ROMAN de la Ville d’Aumale.

samedi 15 octobre 2011

Marie Paule Belle - Marie Paule (re)Belle (TEASER)

MARIE PAULE BELLE a proposé à son public de participer à la production de cet album, via le label participatif Akamusic, distribué par Universal.

J'ai la chance de faire partie de l'aventure. Oui "chance", car l'album qui sera dans les bacs le 14 novembre prochain est un petit bijou.

L'amour, les femmes sont omniprésents dans cet album avec des chansons tour à tour  

nostalgiques : "T'es mon Chaplin ", "Comme dans les films italiens" ,

réalistes "Des vieux qui dansent", "Parfum d'ambre" et parfois

plus légères et enjouées ("Les Asphodèles", "Hobbies de famille", "Solution Radicale") comme autant de petites respirations, des petites bulles de savon multicolores ...

"Assez" ( Texte bouleversant  de Dominique Valls)  relate des violences faites aux femmes, de celles qui ne sont que trois lignes en petits caractères dans la rubrique des faits divers...

Cette chanson sera le premier titre que l'on devra entendre bientôt sur les ondes.







Merci Marie-Paule pour ce très bel album et @ bientôt pour la suite de  l'aventure...


Le site officiel de la chanteuse :
http://www.mariepaulebelle.fr/

dimanche 9 octobre 2011

CONTES DERAISONNABLES de Sylvette Heurtel

Les Contes Déraisonnables de Sylvette Heurtel




Après ses « Contes malpolis », Sylvette Heurtel signe son deuxième recueil : « les Contes Déraisonnables » chez le même éditeur, Henry des Abbayes. Une petite nouveauté, ce livre est illustré (tout comme la couverture) de croquis d'Alain Créac'h.

L’écriture est toujours aussi ciselée, ourlée. Sylvette n’écrit pas, elle sculpte ses personnages, les façonne jusqu’à leur donner une âme.

Ces esprits prisonniers sous la belle couverture cousue par l’imprimeur d’art, n’attendent que le lecteur pour s’évaporer et vous souffler à l’oreille leurs histoires passées.

Dans nos vies terriennes, il manque souvent quelqu’un à notre décor. Dans les histoires de Sylvette Heurtel, les personnages conversent avec les absents. A pas comptés, ils poursuivent le chemin. Seuls.

Malgré eux, parce qu’il faut vivre, ils continuent d’avancer en attendant leur tour.

Des hommes et des femmes qui ont pour dénominateur commun d’être restés à quai alors que l’Autre traversait le Styx, les laissant chancelants et hagards sous le poids des regrets et parfois des remords.

Leur futur se dessine en noir et blanc, le présent appartient au passé. Il faut survivre et entretenir le souvenir de celui qui est parti, une manière toute personnelle de ne pas les enterrer deux fois.

Alors les vivants composent avec à la vie, ils meublent le silence en s’adressant à ceux qui ont pris le train pour le voyage d’où l’on ne revient pas.

Parfois des signes viennent troubler la routine, ces petits clins d’œil de la vie qui nous font croire que peut-être les défunts ont encore un droit de regard sur les vivants.

Les "Contes Déraisonnables" est un hymne à nos petites chapelles intimes où brûle la flamme du souvenir.

Pour ma part, en compagnie de Sylvette Heurtel, j’ai beaucoup aimé déraisonner.


Le mot de l'auteure

‎15 nouvelles, 15 histoires littorales dont les personnages poursuivent depuis des années une conversation avec un disparu. Le fil qui les relie, parfois ténu, passe souvent par le bar du port, l'Ourse Seule. Six illustrations inédites d'Alain Créac'h sur notre vie avec les fantômes, cahiers cousus, couverture en typo, à commander chez l'éditeur, Henry de Abbayes.(dix euros port compris)
http://editionsdesabbayes.blogspot.com/


vendredi 7 octobre 2011

Gribouillages et Gribouilleries de Pascal Reverchon


Un petit garçon aux genoux écorchés ou n'est ce pas plutôt son petit coeur d'enfant qui saignait à blanc ? Il boitait sans cesse, bancal non pas du côté cérébral, l'animal. Il avait compris avec son âme de petit Gibus, que si il avait su , il ne serait pas venu sur cette terre où il ne trouvait pas sa place.

Les radiographies n'ont rien décelé mais le spécialiste mou du genou a décidé de l'opérer. Très belle intervention, les blouses blanches étaient contentes mais le petit garçon même avec un genou tout neuf bien que jamais usé continuait à boiter...Le mal de vivre, le mal à aimer...le mal aimé...

Le garçon a grandi avec des plaies mal cicatrisées. Faut il-avoir peu de dispositions au bonheur pour devoir coucher ses souffrances sur les lignes d'un cahier? Pascal Reverchon car c'est de lui qu'il s'agit, lance des lignes à la mer, à l'amer, à la mère car c'est bien connu la maman des poissons elle est bien gentille.

J'aime bien la définition du mot poète de Pascal. Sa mise en bouche est subtile, jubilatoire. Il boit du petit lait (!) lorsqu'il se décrit comme un rime ailleur, un gribouilleur de sons, un tritureur de phrases, il anagramme Vian en vain, il appolinaire l'air de rien...Pascal est un gentleman cambrioleur, c'est un trafiquant de mots plaisirs, il brave les interdits dans tous les sens.

Avec une certaine désinvolture, il prend plaisir à sculpter,  peinturlurer tous ces maux d'amour.

Orfèvre en la matière, ce n'est pas un ripailleur mais un orpailleur. Les gribouillages et les gribouilleries de Pascal Reverchon sont des pépites inédites que l'on se doit, ami(e)s du net faire partager au plus grand nombre.


Comme tu l'écris si bien Pascal,  les papillons ne font plus de baisers aux jolies filles en fleur mais continue de cultiver ton jardin, s"aime" à tous les vents, fait la nique à ce coquin de sort, et continue à souffler très fort pour faire tourner, de ton nom,   tous les moulins de nos coeurs...





Auteur : Pascal Reverchon
Rubrique : Nouvelles, poésie, essais
Style : Poésie
Format : Romantique (11x20cm)
Impression : Noir & Blanc
Pages : 90
Référence : 66764

Ce qui nous lie...Gaëlle Pingault


Signalement  : Pingault Gaëlle (tiens ca rime avec nouvelles)
Année de Naissance : 1976 ( 13 ans pendant la chute du mur de Berlin, 18 ans l'année ou Nelson Mandela est élu président de l'Afrique du Sud, 25 ans le 11 septembre 2001 (pas besoin de vous faire un dessin)...
Qualification : Auteure, rieuse et vivante.

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Dame Pingault (j'aime bien l'appeler comme cela, il y a un côté médiéval qui lui va bien je trouve, pas vous ? non tant pis, ça m'appartient alors)...Dame Pingault disais-je,  quand elle ne court pas entre le temps qui veut la rattraper entre une vie de famille millimétrée comme du papier à musique (comprenne qui voudra) et son métier d'orthophoniste, elle rêve et noircit des pages blanches avec son écriture bien à elle, des pleins et des déliés alignés jamais d'arabesques. L'écriture de Gaëlle est comme la fille nette, sans bavures, ni fioritures.

Elle consigne les mots d'enfants, surtout ceux de Lou, sa fille. La maman les tricote mailles par mailles afin de s'en faire un manteau chaud, un pull Doudou, que l'on ressort quand il fait trop froid non pas à l'extérieur mais quand on ressent un espèce de vide à l'intérieur de soi.

Et puis, elle gratte toutes les blessures assassines, de celles qui nous laissent des cicatrices sur la peau.
Adepte du tri sélectif, elle récupère les maux , ceux que l'Ankou a laissé tombé du bout de sa faux. Elle les dépose à la consigne, rien ne se perd et elle a raison. Elle recycle ce qui peut encore l'être afin de le faire exister une seconde fois sous sa plume. Gaëlle récupère les petits bonheurs avant qu'ils ne se sauvent pour de bon et  ne désespère pas mettre un point final à cet empêcheur de danser en rond.

Orthophoniste de son métier, elle aide les sujets malmenés qui ne trouvent plus le verbe pour s'exprimer. Attentive, elle observe, écoute, entend et trouve des clés pour les aider à renouer avec le fil qu'ils avaient perdu...

Ce fil ténu que l'on retrouve entre chaque nouvelle de "Ce qui nous lie" et tous ses personnages qui  réglent des comptes avec la vie. Cette vie qui est tout sauf un cadeau  mais plutôt un fardeau.

Si les nouvelles du premier opus "On est pas préparé à ça" étaient plus linéaires, celles de "Ce qui nous lie", sont plus abruptes et nous révèle une autre facette de l'auteure. Gaëlle auteure vivante, rieuse mais pas dupe.

La fille de 1976 nous fait partager ses peurs, ses craintes mais aussi ses espoirs en faisant la nique au temps qui passe et à ce putain de calendrier dont les dates anniversaires nous retiennent comme une prison.

Me revient pour finir ce billet, un extrait d'une chanson de Enzo Enzo "Ce rien qui nous lie".


Ce rien qui nous lie
Et nous fait don du hasard
N'a pas toujours pris
Un chemin facile
Mais en silence
De singuliers raccourcis
Ce rien qui nous lie
Qui nous attache et qui nous fait plier aussi



Mon tiercé gagnant parmi ces 15 nouvelles de ce kaléïdoscope, mais ce choix n'engage que moi (et c'est mon blog je choisis ce que je veux nanméo).

Compte rond
Trois inséparables
Réveillon et bikini